Franchassis : erreurs courantes de conception et solutions éprouvées

Sur chantier, on repère souvent le problème au même moment : l’enduit fissuré au pourtour d’une baie, une trace d’humidité au pied du tableau, un courant d’air persistant malgré une menuiserie neuve. Le franchassis, cette liaison entre le gros œuvre et la menuiserie extérieure, concentre une part grandissante des pathologies du bâtiment.

Les menuiseries extérieures sont d’ailleurs devenues le premier poste de désordres décennaux, avec près de deux tiers des sinistres liés à des défauts d’étanchéité au droit du dormant et des appuis, selon une analyse de sinistralité publiée par France Épargne en 2026.

Jeu périphérique du franchassis : la tolérance qui ruine l’étanchéité

Le premier réflexe sur un chantier courant consiste à laisser un jeu entre le dormant et la maçonnerie pour compenser les défauts d’aplomb du gros œuvre. En théorie, ce jeu périphérique facilite le réglage. En pratique, un jeu mal dimensionné compromet toute la chaîne d’étanchéité.

Quand le jeu dépasse la plage de compression du joint (compribande ou mastic), le calfeutrement ne travaille plus dans sa zone utile. Le matériau de remplissage se retrouve soit trop comprimé (il perd sa capacité de reprise élastique), soit pas assez (l’air et l’eau passent).

La solution éprouvée passe par un contrôle strict des cotes de la baie avant la pose. On vérifie l’aplomb, la planéité du tableau et la géométrie du rejingot. Si les tolérances du gros œuvre sont hors plage, on corrige par un ragréage ou un précadre rapporté, plutôt que de compenser avec un bourrage de mousse expansive.

Pont thermique à la jonction mur-menuiserie : ce que la RE 2020 impose

Deux ingénieures discutant des plans de conception d'un châssis sur une table de travail technique

Depuis l’entrée en vigueur de la RE 2020 au 1er janvier 2022, les jonctions mur-menuiserie sont explicitement ciblées comme zones à traiter pour limiter les ponts thermiques. La réglementation pousse à l’usage de précadres isolants et de rupteurs de ponts thermiques en façade.

Sur le terrain, on voit encore beaucoup de franchassis posés en applique extérieure avec un simple retour d’enduit, sans traitement de la continuité isolante. Le dormant se retrouve directement en contact avec le béton ou le parpaing, créant un pont thermique linéaire mesurable à la caméra thermique dès le premier hiver.

Précadre isolant ou pose en tunnel : deux approches qui fonctionnent

Le précadre isolant (en PVC, bois ou composite) s’installe avant la menuiserie et assure la continuité entre l’isolation du mur et le dormant. On l’ancre dans le gros œuvre, on traite l’étanchéité périphérique au niveau du précadre, puis la menuiserie vient s’emboîter.

La pose en tunnel (menuiserie dans l’épaisseur de l’isolant) offre une alternative performante sur les constructions à isolation par l’extérieur. Elle supprime presque totalement le pont thermique mais demande une fixation mécanique adaptée au support.

  • Le précadre isolant convient aux murs à isolation par l’intérieur et simplifie le remplacement futur de la menuiserie sans toucher au gros œuvre
  • La pose en tunnel réduit le pont thermique de manière plus radicale, mais impose une coordination étroite entre le façadier et le menuisier
  • Dans les deux cas, la bande d’étanchéité périphérique doit être posée en continu, sans interruption aux angles du tableau

Calfeutrement du franchassis : compribande, mastic ou membrane

Le choix du calfeutrement périphérique génère des erreurs récurrentes. On observe trois situations problématiques sur chantier.

La première : un compribande posé à sec sur un support poussiéreux. Sans primaire d’accrochage sur les supports poreux (béton, brique), la bande ne colle pas et se déplace dès les premiers cycles de dilatation du dormant.

La deuxième : un mastic silicone appliqué en cordon trop fin, sans fond de joint. Le mastic travaille alors en traction pure et fissure en quelques mois. Le mastic doit travailler en cisaillement, pas en traction, ce qui suppose un fond de joint calibré et une épaisseur de cordon suffisante.

La troisième : une membrane d’étanchéité (type membrane EPDM autocollante) posée sur un angle vif sans pliage préformé. La membrane bride, se décolle à l’angle, et l’eau s’infiltre exactement là où la géométrie la concentre.

Ordre de pose et contrôle visuel

La règle sur laquelle on ne transige pas : poser l’étanchéité de l’intérieur vers l’extérieur, du plus étanche au plus perméable à la vapeur. Le côté intérieur reçoit le pare-vapeur (membrane ou mastic), le côté extérieur reçoit le compribande ou la membrane perspirant. Inverser cette logique revient à piéger l’humidité dans le joint.

Un contrôle visuel après pose, avant la finition du tableau, permet de repérer les discontinuités. On cherche les points singuliers : angles bas du tableau (zone d’accumulation d’eau), jonction appui-rejingot, et traversée de fixation.

Technicien en contrôle qualité mesurant un assemblage de châssis avec un pied à coulisse numérique

Appui de baie et rejingot : la zone la plus sinistrogène du franchassis

L’appui de baie avec son rejingot constitue le point bas de la liaison. C’est là que l’eau arrive, et c’est là que la majorité des infiltrations se produisent.

L’erreur la plus fréquente : un rejingot trop bas ou inexistant. Le rejingot doit créer une remontée suffisante pour empêcher l’eau de remonter par capillarité sous le dormant. Sans cette barrière, l’eau ruisselle directement dans le doublage intérieur.

  • Le rejingot doit présenter une hauteur de remontée compatible avec la hauteur de feuillure du dormant, en respectant les préconisations du DTU 36.5
  • La pente de l’appui doit diriger l’eau vers l’extérieur, avec un nez d’appui en débord pour éviter le ruissellement sur la façade
  • Le joint entre l’appui préfabriqué et le tableau doit être traité avec un mastic de classe F25E, pas avec un simple enduit de rebouchage
  • Les cales de réglage du dormant ne doivent pas obstruer le canal de drainage entre le rejingot et le dormant

Les retours de chantier montrent que cette zone concentre les reprises les plus coûteuses, parce qu’une infiltration à l’appui nécessite souvent de déposer la menuiserie, reprendre le rejingot, et reposer l’ensemble.

La conception du franchassis ne tolère pas l’approximation. Chaque composant (jeu périphérique, isolation de jonction, calfeutrement, appui) fonctionne comme un maillon d’une chaîne. Un seul maillon défaillant suffit à générer un désordre décennal. Sur un marché où les menuiseries représentent le premier poste de sinistralité, traiter ces points dès la phase de conception reste la seule approche qui tient dans la durée.

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